ZINC de Michel Dintrich

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VOYAGE EN GRANDE ZINGUIE
Au pays de l’Etrange

Ouvrez les yeux sur ce nouvel univers.
L’espace est soudain peuplé, hérissé de formes et de figures dont aucune ne vous est familière. A commencer par la matière de ces sculptures, le zinc, tout ici force le regard de l’habitude, déjoue les conventions et jusqu’aux lois de la nature. Tout vous désoriente.
Pourtant, vous distinguez clairement des formes et des figures. Les unes appartiennent au règne animal, d’autres à l’humanité. Mais à quelle animalité ? à quelle humanité ? Voici des guitares, vous attendez qu’elles vous invitent au rêve. Mais c’est un rythme obsédant, un chant scandé de paroles indéchiffrables qui accompagne l’exposition. Dominant le tout, un cavalier extravagant chevauche une monture féroce.
Vous avez abordé aux rives de l’Etrange. Les titres des œuvres, loin de vous éclairer, vous déconcertent. Les repères vous manquent. Il y a trop de maisons dans le monde de l’Etrange et aucun passe-partout, trop de chemins et pas de GPS. Il vous reste pourtant une voie pour approcher ces créatures, les apprivoiser, les comprendre : rencontrer leur créateur et percer ainsi le mystère de leur origine.
Repères : quatre temps dans une vie
Faisons les présentations :
“ Michel Dintrich, guitariste de renom, peintre et sculpteur familier des surréalistes, voyageur téméraire au pays lointain des coupeurs de têtes, inventeur de l’aventure lotoise du Cajarband, nourrit son œuvre plastique et musicale de ces quatre moments de sa vie ; les sculptures déployées sous vos yeux en sont le plus récent témoignage. »
Le musicien – Dans les années 1960 et 70, un guitariste formé à Sienne à l’école des plus grands interprètes, en particulier Andrés Segovia, remporte un succès international en interprétant sur une guitare à dix cordes le fameux Canon de Pachelbel. Il transcrit pour son instrument plusieurs œuvres de Jean-Sébastien Bach, enregistre quinze disques des plus belles compositions pour la guitare classique, puis il enrichit le répertoire de ses propres compositions résolument contemporaines et volontiers provocatrices. De sorte qu’une autorité musicale peut affirmer qu’il « réinvente la guitare de fond en comble.»
L’influence surréaliste – Vers 1975, il se lie avec un groupe d’artistes surréalistes. Après la disparition d’André Breton, ils retrouvent son épouse Elisa, l’été, dans la maison de Saint Cirq Lapopie et fréquentent régulièrement l’atelier du 42 rue Fontaine à Paris. C’est dans cet «endroit fabuleux», dit-il, qu’il a découvert « les œuvres d’avant-garde côtoyant l’univers animiste de certaines tribus primitives…,» qu’il s’est imprégné «peu à peu de la magie qui émanait de ces cultures oubliées.» Il sculpte à son tour dans la pierre un nu féminin évoquant l’aube de l’humanité, puis dans l’ébène et les matières les plus précieuses tout un bestiaire terrifiant et fabuleux sous la double inspiration des arts océaniens et de l’esprit surréaliste.
A la rencontre des Asmats -1985- «Il m’était impensable de quitter ce monde sans avoir rencontré de vrais sauvages.» Il vend sa collection de guitares anciennes pour financer son voyage en Papouasie Nouvelle-Guinée. Muni de son carnet à dessins en guise de passeport, il parvient après bien des aventures dans la jungle de l’Iran Jaya, au pays des Asmats, cannibales et coupeurs de têtes. Il découvre un peuple dont la cruauté et la violence ritualisées, les croyances animistes s’expriment dans les motifs des boucliers, les statues d’ancêtres, les crânes ornés de plumes, les proues sculptées des pirogues et la musique qui, dira-t-il, «pouvait provoquer des émotions d’une intensité presque insoutenable. » Il est aussi fasciné par cet art que par ce monde où « la perversité n’a plus de sens, où la sauvagerie et le raffinement, la vie et la mort se mêlent parce que tout est magie.
L’aventure du Cajarband – Au début des années 2000, Michel Dintrich s’est installé avec sa femme Carmen non loin du foyer surréaliste de Saint Cirq Lapopie. L’emprise du paysage environnant de rochers et de grottes, la fréquentation d’artistes également attirés par ce pays des origines, témoin de la vie de nos lointains ancêtres luttant pour leur survie dans une nature hostile, font ressurgir le souvenir de la tribu Asmate et de la musique qui l’avait envoûté. Il compose alors l’hymne paléolithique qui deviendra la cantate profane « Koustromawa » dont le titre énigmatique est composé de la première syllabe du nom de chaque participant. Elle sera interprétée sous sa direction par tous les artistes, rejoints bientôt par des habitants du village captivés par cet incroyable retour aux sources. «Ce sera l’hymne de notre tribu, celui des Asmats du Lot» s’exclame un choriste, résumant la ferveur générale. L’aventure du Cajarband était née. Un enregistrement et un film en gardent la mémoire.
Une quête des origines
La scène s’éclaircit. Les figures et la musique prennent du sens. Mais loin de se distinguer les uns des autres, les différents moments des aventures esthétiques de l’artiste sont ici volontairement mêlés. Une inspiration commune anime ces figures : la recherche passionnée d’un Ailleurs.
A côté des guitares, grands témoins de l’exposition, cette tête, ce masque de farouches guerriers, ces animaux aux défenses et aux crocs terrifiants venus du fond des âges ou d’une jungle lointaine, ces chants capables de transformer de paisibles villageois en une tribu primitive expriment une même et profonde aspiration : retrouver les origines de l’humanité.
Comment peut-on être Persan, se demandait Montesquieu. Comment redevenir Sauvage se demande Michel Dintrich ? : « -Je me suis toujours vécu comme un primitif des villes.»
«-J’aurais aimé vivre à l’époque de la Préhistoire.»
L’Ailleurs est au bout du monde, il est aussi au fond des temps. L’ailleurs est un voyage, l’ailleurs est un jadis. Mais «fuir, là-bas !» comme dit le poète, c’est rompre avec sa culture, dépouiller l’homme prétendument civilisé. Changer, jusqu’à sa vision des êtres et des choses. Pour nous faire partager ce bouleversement, l’artiste devait trouver pour ses sculptures un moyen d’expression radicalement nouveau, une matière brute, en accord avec cette plongée dans le monde primitif et qui exprime aussi la profonde unité des quatre rêves de sa vie : cette matière, c’est le zinc.
L’esprit du zinc
« L’œil existe à l’état sauvage.»
Cette affirmation d’André Breton n’a jamais sonné aussi juste. Oubliées les rondeurs de la sculpture de pierre, le poli de l’ébène, la préciosité des pièces d’ivoire ou d’argent. Ces matières exigent un travail long et minutieux pour devenir des pièces d’art raffinées, appréciées des esthètes. Rien de tel avec le zinc. Il est simple, fruste, élémentaire. Il ne nécessite aucune préparation spéciale, pas d’outils compliqués pour le travailler. «Une cisaille pour découper, une perceuse et du fil d’acier pour assembler les pièces me suffisent» dit le sculpteur. Aucune soudure. Cette austérité convient à son projet. Elle rend hommage à la pauvreté des moyens avec lesquels les hommes de la forêt ont su créer un art magistral. Elle se souvient aussi des assemblages audacieux de Picasso que Michel Dintrich admire depuis son adolescence. Tout va se jouer dans la découpe. C’est alors qu’apparaissent les pouvoirs cachés du zinc.
Son humilité n’était qu’apparente. La cisaille inspirée du sculpteur révèle son vrai caractère. Imprévisible, tout en contrastes, ce simple est un coléreux, ce paisible peut devenir violent. Avec lui, l’harmonie d’une belle courbe se termine souvent en pointe acérée, la douceur d’une surface par le tranchant d’une lame. Ce taiseux se met brusquement à bavarder. Il se lance dans un délire de formes, d’excroissances, de détails. Ou soudain, éclate de rire comme un enfant. Et le voilà qui agrémente les figures les plus farouches d’une cascade de frisotis, de la surprise d’un mirliton ou d’une série de trilles échappées de sa dernière leçon de musique. Bref, le zinc est mal élevé. C’est un sauvage. Il ne pouvait pas mieux tomber.
La guitare dans tous ses états
On se souvient de la naissance de la guitare en zinc. C’est elle qui matérialise la rupture volontaire de Michel Dintrich avec le monde d’avant. C’est avec sa pratique musicale qu’il largue d’abord les amarres, ouvrant la voie du grand large vers le voyage rêvé.
Les guitares à discorde (n° 1 et 2). Leur seul nom, avec son jeu de mot provocant, donne le ton. Finie la belle harmonie des classiques de la musique, le cérémonial des grands concerts sur de précieux instruments. La guitare en zinc, c’est du brutal. Elle nous dit qu’une autre musique va naître. Déjà, le jour où il avait reçu sa guitare à dix cordes n’avait-il pas cherché une nouvelle technique pour obtenir des sonorités, des rythmes inconnus, malmenant l’instrument jusqu’à briser la table d’harmonie?
L’interprète est devenu compositeur. Dès les années 60, en concert, Michel Dintrich intercale certaines de ses oeuvres de musique sérielles dans son programme classique. Un soir, jouant du revolver, à l’instar d’Alfred Jarry ou de Jacques Vaché, ces deux figures aimées des surréalistes, il terrorise son auditoire en tirant avec un inoffensif pistolet d’alarme sur un auditrice un peu trop distraite à son gré. Sculpter des guitares discordantes, c’est un peu commémorer ce happening. Mais pas seulement. Derrière le plaisir du jeu et de la provocation se cache une motivation plus grave : «Une œuvre plastique, a-t-il confié, est un objet concret, pérenne, qui parvient à rendre supportable l’idée de la mort, alors qu’interpréter une œuvre musicale s’inscrit dans la fugacité. C’est pourquoi je me suis mis à écrire de la musique, sachant qu’elle me survivra, tout au moins pour ceux que j’aime.»
En nouant un lien étroit entre sa musique et ses sculptures, Michel Dintrich prolonge ce désir de survie en transposant dans le métal ce qu’un critique musical a salué comme  » le jaillissement d’une source inépuisable de musique sauvage ».
La boîte reliefs de la guitare (n°5) et la guitare en boîte (n°6) racontent l’histoire de cette révolution musicale. Les boîtes sont composites. L’une mêle peinture et sculpture. Elle associe le bois grossier, la corde, le zinc et les clous dans une parodie de l’instrument qui semble annoncer sa fin. Mais les labyrinthes aux lignes brisées qui courent et se redoublent sur le fond de la boîte évoquent autant la richesse des voix polyphoniques que la force rythmique des nouvelles partitions. L’autre boîte peut aussi faire écho à ses composions musicales, « Fantasmes » et « Fantasmes 2 ». Les éléments qui la composent sont dispersés, éclatés, reliés seulement par un entrelacement de dix ficelles, rappel dérisoire des cordes de l’instrument. Pourtant, en toile de fond, une partition de musique classique marque ausssi bien la distance qui la sépare des nouvelles œuvres que l’admiration, toujours intacte, de l’interprète pour les grands musiciens du passé.
Plus tard, la guitare démontable du film Koustromawa, (n°6), confirmera que les amarres ont bien été larguées. La musique traditionnelle a été symboliquement démontée pour laisser place à l’incantation magique aux forces de la nature. Le voyage a pu avoir lieu. Les preuves sont sous nos yeux.

Figures de l’imaginaire et du souvenir
Les figures de Michel Dintrich sont les témoins d’un voyage dans l’espace et dans le temps où le souvenir et l’imaginaire alternent ou se mêlent dans une expérience intensément vécue. Le souvenir, c’est d’abord le voyage en Papouasie. Or, fait remarquable, à l’exception des guitares, les œuvres exposées sont en majorité des têtes. L’empreinte du séjour chez les Asmats est si forte que le musicien est devenu à son tour coupeur de têtes. Les hommes de la jungle ne sont représentés que par deux œuvres, mais elles donnent le ton à toutes les autres créations.
La tête et le masque de guerrier Asmat nous regardent, et c’est encore le monde dont ils viennent qu’ils contemplent. Leur front n’est pas couronné du bonnet de fourrure orné de plumes, mais le long de leurs visages pendent les traditionnelles fibres de sagou, ce fruit nourricier indispensable à leur survie. Leur nez est traversé par le bipane de coquillage blanc en forme de volute qui les protège et les relie aux forces cosmiques. Symbole de l’animisme de ce peuple, cet attribut est surtout le signe visible de leur valeur : ils ont tué un ennemi au combat et lui ont tranché la tête pour venger la mort d’un ancêtre.
Lors de son voyage, Michel Dintrich a risqué plusieurs fois sa tête. Aujourd’hui c’est lui qui s’offre celle de ses amis Asmats, sans doute pour surprendre une fois de plus leurs secrets, comme autrefois dans l’atelier d’André Breton devant les statues primitives. « Souvent se souvient-il, lorsqu’il n’était pas trop tard, je m’asseyais à leurs côtés et les dessinais sur un carnet, cherchant peut-être à dérober ainsi une partie de leur âme.»
Il fallait à ces farouches guerriers un accompagnement digne d’eux. Ce sera le Babiroussa, animal sauvage bien réel lui aussi, mais en voie d’extinction comme sans doute les hommes de la forêt. Le long groin de ce sanglier s’orne de défenses affutées et recourbées en forme de sabre qui lui permettent de protéger sa nombreuse progéniture. A la façon dont il agrémente cette tête redoutable d’un plumet guilleret et de frisotis charmants, on soupçonne le sculpteur de nourrir une secrète tendresse pour ce bon père de famille.
Puis l’imaginaire prend le pouvoir. L’indien des plaines porte encore dans son visage le souvenir du masque Asmat, mais sa chevelure de plumes le transforme en Iroquois d’Amérique, à mille lieues de l’Iran Jaya des Papous. Dans la tête d’homme on pourrait reconnaître un natif de la jungle à son bonnet agrémenté de plumes, mais ses oreilles immenses, dissymétriques, à l’étrange découpe inspirée du bipane nasal ou d’une double clé d’ut musicale, en font un être inclassable. La fantaisie souveraine de l’artiste, à moins que ce ne soit l’humeur imprévisible du zinc, en a ainsi décidé. L’imaginaire du sculpteur peut se donner libre cours.
La tête burlesque extravagante, énigmatique, est à elle seule une démonstration de son anti-méthode. Il se place d’abord dans «l’état de rêve éveillé, sans doute le plus propice à la création» puis, c’est à l’aléa, au hasard qu’il dit remettre une grande part de son invention. Toutes les figures de la géométrie, ou presque, viennent alors se combiner pour donner à la sculpture la plénitude de son volume par la plus grande variété de formes. Tout se joue dans les contrastes : les cylindres du cou et du nez sont équilibrés par les droites aigües des longues moustaches, la demi-sphère de la coiffe par le toupet qui la surmonte et la légèreté de ses franges, la massivité de la tête par la fantaisie bouclée de la chevelure. Enfin, pour compléter cette figure de l’étrange, deux ailes ciselées l’enlèvent à la pesanteur terrestre. L’énigme serait-elle levée ? On a cru reconnaître un Mercure gaulois.
Deux grandes compositions couronnent cette galerie. Sous les apparences d’un fantastique débridé – cette maison retrouvée de l’Etrange,- elles apportent une note plus grave à ce voyage de l’imaginaire et du souvenir.
Le général Hozedong passe ses troupes en revue et le délire humoristique de son apparition nous enchante. Voici sans doute un nouveau Don Quichotte. A moins qu’il n’en soit le double dérisoire. Car ce personnage à tête d’oiseau ou de musaraigne, à l’habit constellé de décorations n’a rien du pacifique redresseur de torts et sa monture n’est pas la sœur de Rossinante. Le fier militaire chevauche le terrible Smilodon, ce tigre à dents de sabre disparu depuis des millénaires, dont un adage chinois nous apprend que son compagnonage est fatal, car «l’ homme qui est à cheval sur un tigre n’en descend pas aisément.» Mais Hozedong mérite-t-il encore le nom d’homme ? Ne fait-il pas définitivement corps avec sa monture pour incarner la bêtise aveugle, universelle, de la violence et de la guerre ?
Si ce couple belliqueux s’apprête à ravager la terre, Bénédicte Montociel vient de la quitter. Un oiseau de proie l’emporte, œil féroce, bec de vautour. C’est un rapt, mais une sorte de sérénité l’enveloppe. Le vautour n’est pas l’oiseau de la cruauté, mais le porteur du changement inéluctable. Ses grandes ailes étendues, il ne s’enfuie plus, il plane. Sur son dos, Bénédicte se tient droite, les mains librement posées sur ses ailes, la tête haute, elle a le regard et le sourire de celle qui n’est déjà plus là. Elle n’a pas été enlevée, elle a été ravie. A croire que maintenant c’est elle qui conduit ce voyage non plus vers les lointains terrestres, ni les jadis de l’Histoire, mais vers cet Ailleurs qui n’a ni lieu ni temps.
Cette méditation sur la violence et la mort ne clôt pas l’aventure. Pour la première fois, elle introduit une figure féminine dans l’univers exclusivement viril que nous venons de parcourir. Elle ajoute à la dimension terrestre dans laquelle évoluaient la plupart des créatures rencontrées, le symbole aérien du ciel, auquel ne manquent plus que ceux du feu et surtout de l’eau pour terminer cette quête des origines.
Ce que cache le masque de zinc
A la fin du film de René Girier consacré à la cantate profane et à l’aventure préhistorique du Cajarband, le musicien, sorcier, druide ou chamane, sort de la nuit de la grotte où brûle un maigre feu. Il s’avance avec sa guitare vers la rive du Lot encore enveloppée de brume. Son visage est dissimulé par un masque de zinc orné de plumes de dindon qu’il serre entre ses dents. Il entre dans le fleuve et sa musique s’élève comme un hymne aux esprits de la nature. Alors, tout au fond de l’eau, au milieu des poissons qui lui font cortège, un visage apparaît, c’est celui de Michel Dintrich. Le masque est tombé. Le rêve de l’eau a effacé les fantasmes violents de la terre. L’auto -portrait le révèle à lui-même, jeune, originel. Dans ce dessin en profil perdu, le musicien vient de reconnaître l’enfant qu’il était, près de cet autre fleuve, l’Aube si bien nommée, où souvent il allait se baigner.
L’innocence retrouvée
A Bar-sur-Aube, bien des décennies plus tôt, un enfant rêve de vie sauvage. Il fait plus. Il la vit avec des camarades scouts, installés à quinze mètres dans les arbres. Il ne sait pas qu’ils ont inventé cette Maison des hommes où il entrera un jour au fin fond de la Nouvelle-Guinée et qu’il découvrira dans les hommes de la forêt « un état de naïveté, d’intégrité, de spontaneité propres à l’émerveillement».
Dans la même ville, un philosophe barbu comme le dieu des fleuves se promène. Il a peut-être croisé l’enfant. C’est Gaston Bachelard. Il écrira un jour que l’eau, mère créatrice, «double aussi le rêveur en l’engageant dans une nouvelle expérience onirique». Et ceci qui éclaire toute cette aventure : «Une nuit des temps» est en nous… Ah ! Que ces temps sont loin ! Qu’il est ancien notre millénaire intime! Celui qui est à nous, en nous, tout prés de l’avant-nous ! Quand on rêve à fond, on n’en a jamais fini de commencer. Et Michel Dintrich confirme en écho : «J’ai accompli un voyage initiatique qui m’a conduit non seulement aux origines de l’homme, mais aussi à celles de la musique».
Texte de Michel Couderc